Du réveil jusqu’au coucher, vous vivez sans arrêt des émotions : de l’agacement devant un message urgent, de la joie d’un projet qui avance, de l’inquiétude avant un rendez-vous, de la fatigue en fin de journée. Les émotions sont partout, tout le temps. Et pourtant, on nous a rarement appris à les reconnaître, à les nommer, ni à en parler avec les autres.
C’est tout l’enjeu de ce que l’on appelle l’intelligence émotionnelle, et c’est l’un des grands apports de la Communication Non Violente (CNV). Voyons ensemble ce qu’est une émotion, quelles idées reçues la concernent, et comment apprendre à en parler avec justesse.
Qu’est-ce qu’une émotion ?
Une émotion est la réaction de votre corps et de votre esprit face à ce que vous vivez. Elle apparaît d’abord dans le corps : le cœur qui s’accélère, la gorge qui se serre, les épaules qui se relâchent. Elle nous informe sur ce qui se passe en nous.
Dans l’approche de la CNV, une émotion est un signal. Elle nous renseigne sur nos besoins : elle est agréable lorsqu’un besoin est comblé, désagréable lorsqu’il ne l’est pas.
Une émotion n’est donc ni bonne ni mauvaise : elle est utile pour comprendre ce qui se joue en nous.
L’intelligence émotionnelle, c’est quoi ?
L’intelligence émotionnelle, c’est la capacité à reconnaître ce que l’on ressent, à le comprendre, à l’exprimer de façon claire, et à tenir compte de ce que ressentent les autres. Elle ne consiste pas à mettre un couvercle sur ses émotions, ni à se laisser submerger par elles : elle consiste à les écouter.
Les idées reçues sur les émotions
Beaucoup d’entre nous ont grandi avec des phrases toutes faites : « ne pleure pas », « calme-toi », « ce n’est pas professionnel de montrer ce que l’on ressent ». Ces messages laissent des traces. Voici les idées reçues que je rencontre le plus souvent en formation.
« Parler d’émotions, c’est un gros mot »
Pour beaucoup, évoquer ses émotions semble réservé à la sphère privée, voire à la thérapie. En réalité, parler d’émotions n’a rien de honteux ni d’exagéré : c’est donner une information précieuse sur ce que l’on vit. Dire « je suis inquiet » est souvent plus clair, et plus constructif, que de s’agacer sans expliquer pourquoi.
« Il y a de bonnes et de mauvaises émotions »
On classe volontiers les émotions en positives (la joie) et négatives (la colère, la tristesse, la peur). Dans la CNV, on parle plutôt d’émotions agréables et désagréables, et surtout, on ne cherche pas à garder les unes et à chasser les autres.
Toutes les émotions ont quelque chose à nous dire. L’essentiel n’est pas de les trier, mais d’être capable de les écouter.
La colère, par exemple, nous indique souvent qu’un besoin important n’est pas respecté. L’ignorer ne la fait pas disparaître : elle ressort plus tard, de la mauvaise façon.
« Il faut contrôler ses émotions »
Pour contrôler ses émotions, on peut être tenté de les enfouir. Or une émotion refoulée ne disparaît pas : elle se transforme en tension, en fatigue ou en irritabilité. C’est ici qu’apparaît le stress.
J’explique dans cette vidéo comment le stress se crée dans notre corps :
Il ne s’agit pas de laisser nos émotions exploser, mais de leur laisser une place et de les exprimer de manière à être compris.
« Être rationnel, c’est ne pas avoir d’émotions »
C’est sans doute l’idée reçue la plus répandue dans le monde du travail. On aimerait croire que nos décisions sont purement logiques. Ce n’est pas le cas, comme nous allons le voir.
Les émotions influencent chacune de nos décisions, y compris lorsqu’on est chef d’entreprise
Il y a une part émotionnelle dans toutes nos décisions : choisir un collaborateur, signer un contrat, répondre à un mail, se lancer dans un projet. Les arguments rationnels sont là, mais c’est souvent une sensation, une intuition qui fait pencher la balance : une confiance, un doute, une envie, un malaise.
Cela vaut aussi, et peut-être surtout, pour les dirigeants et les chefs d’entreprise. Ils prennent chaque jour des décisions importantes, souvent sous pression. Un dirigeant qui ne perçoit pas ses émotions décide sans savoir ce qui le guide réellement.
Reconnaître son émotion avant de décider, c’est se donner la possibilité de choisir en conscience, plutôt que de réagir.
Comment la CNV aide à parler de ses émotions
La CNV propose des repères concrets pour passer de « je ressens quelque chose de confus » à « voilà ce que je vis, et voilà ce dont j’ai besoin ». Voici trois d’entre eux, que je travaille en formation avec des exercices pratiques.
Distinguer un sentiment d’une interprétation
On croit souvent exprimer une émotion alors que l’on formule en réalité une interprétation de ce que fait l’autre. Dire « je me sens rejetée » décrit surtout l’idée que l’autre me rejette. Dire « je me sens angoissée » exprime ce qui se passe réellement en moi.
De même, « tu m’épuises » met la cause sur l’autre, alors que « je suis épuisé » exprime simplement mon état. Cette nuance change tout dans la façon dont votre message est reçu.
Relier l’émotion à un besoin
Derrière chaque émotion se cache un besoin. Se sentir déçu, c’est souvent avoir besoin de pouvoir compter sur un accord. Se sentir agacé, c’est parfois avoir besoin d’un partage équitable du travail.
Nommer le besoin permet de passer du reproche à une demande claire. Je détaille ce mécanisme dans mon article Comment exprimer ses besoins avec la CNV ?
Assumer la responsabilité de ses émotions
Ce que fait l’autre peut déclencher une émotion en moi, mais il n’en est pas la cause : elle vient de mes besoins du moment. Dire « je suis déçu parce que j’ai besoin de compter sur nos accords » plutôt que « tu es irresponsable » ouvre le dialogue au lieu de le fermer.
Pour poser les bases de cette démarche, vous pouvez lire Quelles sont les 4 étapes de la communication non violente ?
Apprendre à parler de vos émotions en formation
Le langage des émotions s’apprend surtout en le pratiquant régulièrement. Dans mes formations en Communication Non Violente, nous travaillons à partir de mises en situation et d’exercices concrets : repérer ce qui est observation ou jugement, distinguer les sentiments des interprétations, relier émotions et besoins, formuler une demande claire.
Vous repartez avec une « boîte à outils » relationnelle que vous pouvez appliquer au quotidien, avec vos équipes, vos proches ou vos clients.